L'ambassadeur est présent, le représentant spécial ne l'est pas encore : pourquoi Kyiv et l'opposition biélorusse n'ont pas encore atteint un format complet
L'Ukraine a nommé un ambassadeur en mission spéciale pour les contacts avec l'opposition démocratique biélorusse — mais un poste clé de représentant spécial, promis par décret présidentiel, reste vacant. C'est précisément cela qui a retardé la première visite de Tikhanovskaïa à Kyiv de deux mois.
Par Tetiana Suchkova-Ladik
25 mai 2026 · 3 min de lecture
Frantsishak Viatchorka, chef de cabinet de Svetlana Tikhanovskaïa, a confirmé dans un commentaire à LIGA.net qu'l'Ukraine n'a pas encore nommé de représentant spécial pour travailler avec l'opposition biélorusse. Les forces démocratiques de Biélorussie espèrent que Kyïv prendra cette décision dans un proche avenir.
Les détails qui expliquent le contexte sont désormais connus. En mai 2026, le ministère des Affaires étrangères a nommé Yaroslav Chornohour ambassadeur en missions spéciales pour les transformations démocratiques et l'interaction avec les forces démocratiques des pays hostiles. Cependant, selon « European Pravda », ce n'est pas la même chose qu'un représentant spécial : ce dernier poste doit être créé par un décret séparé du président — et c'est précisément cette recherche qui a traîné en longueur, ce qui a repousse de deux mois la visite annoncée au printemps de Tikhanovskaïa à Kyïv.
Premier train vers le « Minsk libre »
Le 25 mai, Tikhanovskaïa est arrivée pour la première fois à Kyïv — le billet des Chemins de fer ukrainiens qui lui a été remis à la gare avait pour destination finale « Svobodny Minsk ». C'est précisément l'ambassadeur Chornohour qui l'a accueillie sur le quai — un ambassadeur qui a effectivement comblé le poste vacant pendant que la recherche d'un candidat se poursuivait.
Le programme de la visite, selon un document du bureau de Tikhanovskaïa, comprend au moins quatre volets :
- le statut et les perspectives des Biélorusses en Ukraine, notamment des volontaires et de leurs familles ;
- l'ouverture de la Mission des forces démocratiques de Biélorussie à Kyïv (entité juridique enregistrée le 4 mai 2026) ;
- le développement d'un dialogue politique permanent ;
- la nomination d'un représentant spécial — c'est-à-dire ce qui n'existe pas encore.
Un ennemi commun — des optiques différentes
Viatchorka formule clairement le cadre stratégique :
« Nous luttons contre un seul mal — la Russie impériale ».
Frantsishak Viatchorka, chef de cabinet de Tikhanovskaïa
Cette thèse n'est pas rhétorique. Selon Kyiv Post, le mari de Tikhanovskaïa, Sergei Tikhanovskii, a été libéré de prison en Biélorussie en juin 2025 après une visite à Minsk du représentant spécial américain Keith Kellogg. Autrement dit, les vrais changements concernant la question biélorusse proviennent actuellement des États-Unis, et non de Kyïv — malgré le fait que l'Ukraine est le plus proche voisin et qu'elle combatte la même Russie que Loukachenko soutient logistiquement.
Pendant ce temps, le ministère des Affaires étrangères ukrainien a au moins pris une mesure : comme l'a rapporté Andriy Sybiga avant la visite, Kyïv distingue clairement le peuple biélorusse du régime — et c'est précisément pour cette raison que Tikhanovskaïa se rend à la capitale, et non Loukachenko.
La Mission existe. Le représentant spécial n'existe pas
L'ONG « Mission des forces démocratiques de Biélorussie en Ukraine » est officiellement enregistrée — les documents sont signés, l'adresse juridique est kyïvienne. Mais la structure institutionnelle du côté ukrainien — le poste de représentant spécial avec mandat présidentiel — reste vacant. L'ambassadeur Chornohour, nommé par arrêté du ministère des Affaires étrangères, comble le vide opérationnel, mais ne donne pas à l'opposition ce qu'elle demande : un canal direct vers le Bureau du président.
Si Zelensky signe un décret sur le représentant spécial avant le prochain cycle de négociations, la Mission à Kyïv se transformera d'un bureau symbolique en un véritable point de coordination. Sinon, l'opposition biélorusse aura une adresse diplomatique dans la capitale ukrainienne, mais sans accès garanti à ceux qui prennent les décisions.