mardi 26 mai 2026
Édition du jour

EveryNews

Les histoires qui comptent, le signal au-dessus du bruit

Politique

Klimkine : La Chine ne colonise pas la Russie — elle la maintient simplement à la distance voulue

L'ancien chef de la diplomatie explique pourquoi les relations entre Pékin et Moscou ne constituent pas une dépendance, mais un symbiose calculé. Et pourquoi c'est plus dangereux qu'il n'y paraît.

Tetiana Suchkova-Ladik

Par Tetiana Suchkova-Ladik

25 mai 2026 · 3 min de lecture

Klimkine : La Chine ne colonise pas la Russie — elle la maintient simplement à la distance voulue
Диктатор РФ та лідер КНР (Фото: Alexander Kazakov / EPA)

Pavlo Klimkine, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine, réfute une thèse populaire parmi certains analystes : la Chine n'a pas transformé la Russie en sa colonie et n'a pas l'intention de le faire. Au lieu de cela, Pékin a établi des relations bien plus nuancées — des relations où Moscou reste suffisamment forte pour être utile, mais insuffisamment forte pour être égale.

Ni colonie, ni partenaire

La dépendance coloniale suppose un contrôle — sur le territoire, les ressources, les décisions. Entre la Chine et la Russie, il n'y a rien de tel, souligne Klimkine. Il y a quelque chose d'autre : un symbiose asymétrique, où chaque partie obtient ce dont elle a besoin, mais le prix pour chacune est différent.

La Russie obtient des technologies à double usage, des composants pour l'industrie militaire, des yuans comme alternative au dollar coupé, et — de manière critique — une couverture politique dans les institutions internationales. La Chine, en retour, obtient des sources d'énergie bon marché, un marché pour ses propres produits, et un tampon géopolitique à l'ouest, qui détourne l'attention de l'Occident.

« Sans la Chine, le modèle ne fonctionne pas »

C'est précisément cette formulation de Klimkine qui est clé. Il ne s'agit pas de dire que la Russie s'effondrera demain sans Pékin — il s'agit de la dépendance systémique de l'économie militaire russe face aux importations chinoises. Les microcircuits, les machines-outils à commande numérique, les précurseurs chimiques — tout cela transite par les chaînes d'approvisionnement chinoises ou sous contrôle chinois, souvent par l'intermédiaire de pays tiers.

L'Occident le comprend. C'est pour cette raison que la pression des sanctions sur Pékin par le biais de sanctions secondaires est l'un des points les plus sensibles des négociations entre les États-Unis, l'UE et la Chine au cours des deux dernières années.

Pourquoi le cadre « colonial » nuit à l'analyse

Si l'on considère la Russie comme une colonie chinoise, la tentation surgit : il suffit de faire pression sur la Chine — et la Russie s'arrêtera. Klimkine met en garde contre cette simplification. Pékin ne contrôle pas Moscou — il crée les conditions dans lesquelles Moscou elle-même choisit un comportement avantageux pour la Chine. La différence est fondamentale : dans le premier cas, il y a un levier, dans le second, il n'y a qu'un système complexe d'incitations.

Cela signifie que même une pression maximale sur la Chine ne donnera pas un résultat automatique sur le champ de bataille en Ukraine. Elle peut modifier les calculs de Pékin — mais pas instantanément et pas linéairement.

Ce que cela signifie pour l'Ukraine

Pour Kyiv, ce cadre analytique a une importance pratique. Si la Chine n'est pas un contrôleur mais un architecte de conditions, la diplomatie envers Pékin doit porter non pas sur des ultimatums, mais sur la modification de ses calculs : rendre le soutien à la Russie plus coûteux que la neutralité ou même un rapprochement avec l'Occident.

Jusqu'à présent, l'Occident n'a pas proposé à la Chine une alternative suffisamment substantielle — ni économique ni sécuritaire. Par conséquent, les incitations de Pékin restent inchangées.

La question qui reste ouverte est : les États-Unis et l'UE sont-ils prêts à proposer à la Chine un véritable prix pour la neutralité — ou continueront-ils à se contenter d'une rhétorique sur la « responsabilité » que Pékin a depuis longtemps appris à ignorer ?

Articles liés

Dernières